🩸⚽ L'Histoire du Racing Club de Lens — Résumé complet
Chapitre 1 — Les origines (1906–1918) : naissance d'un club nordiste
C'est en janvier 1906 que Carlos Douterlungne et Jules Joseph Van den Weghe décident de regrouper en association tous les jeunes pratiquant le football sur la place Verte (actuelle place de la République) de Lens. Ils avaient fondé quelques années plus tôt un Club Cyclo-Pédestre et y ajoutent une section football, donnant naissance au Racing Club Lensois. Le nom à consonance anglaise reflète l'influence britannique sur le football de l'époque.
L'association choisit comme couleurs le vert et le noir pour les maillots, le vert pour rappeler la place Verte et le noir pour le charbon des houillères. Contrairement à une légende bien répandue, le club n'est pas intimement lié dès 1906 à la Compagnie des mines de Lens. Il s'agit à l'origine d'un club de commerçants et de petits notables, qui voient dans ce sport un moyen de distinction sociale.
Le club grandit progressivement dans la région. Entre 1907 et 1912, il gagne en popularité, les joueurs lensois étant forcés de quitter leur premier terrain de jeu pour rejoindre la pâture Mercier, au niveau de la fosse 2. C'est à ce moment que la Compagnie des mines de Lens devient le premier partenaire du club, en lui offrant un terrain.
La Première Guerre mondiale est dévastatrice pour la ville. Lens se situe en zone de combat et subit d'importants dommages. Le club disparaît durant le conflit.
Chapitre 2 — La renaissance et les couleurs Sang & Or (1919–1933)
Après la guerre, le club renaît. Sous l'impulsion du Comité de secours américain, par l'intermédiaire de son directeur Laroche, Lens reprend la compétition en 1922, sous la présidence de Marcel Pierron. L'équipe est alors composée en grande majorité d'étrangers, venus travailler dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais, originaires des provinces prussiennes, notamment de Posnanie et de Silésie.
C'est en 1923 qu'une décision fondatrice est prise. Le nouveau président René Moglia choisit les couleurs sang et or, en référence au drapeau espagnol, en passant devant les ruines de l'église de la ville, dernier vestige de l'occupation espagnole de 1648. Le maillot rayé jaune et rouge fait son apparition. Une légende populaire voudra plus tard que le rouge symbolise le sang des ouvriers et le jaune l'or des patrons — mais il s'agit d'une reconstruction postérieure.
En 1926, le premier club de supporters lensois naît. 1 000 supporters font le déplacement pour la rencontre face à Billy-Montigny, match comptant pour la montée en promotion d'honneur. La ville s'enthousiasme pour son club. La Compagnie des mines de Lens, plus puissante de France à l'époque, décide d'acheter une parcelle de terrain afin d'y construire un nouveau stade. Ce sera le futur stade Bollaert, construit par des centaines de mineurs. Il est inauguré sous l'initiative de Félix Bollaert, président du conseil d'administration des mines, et portera son nom à sa mort en 1936.
Chapitre 3 — Le professionnalisme et la première montée en D1 (1934–1939)
Jusque-là resté amateur, le RC Lens passe professionnel avec Louis Brossard en 1934. Le club rejoint le championnat de France de deuxième division pour la saison 1934–1935. Lens réussit sa première saison professionnelle, terminant à la 5e place.
Les années suivantes, l'effectif se renforce avec des joueurs d'envergure internationale. Novicki et François, moteurs du jeu nordiste, sont appelés à défendre les couleurs de la France face à la Belgique le 8 mars 1936, et deviennent les premiers internationaux français du club.
En 1937, Lens connaît ses premiers faits d'armes majeurs. En 32 journées, le Racing Club de Lens totalise 50 points, soit cinq de plus que son voisin valenciennois, et accède pour la première fois de son histoire au sommet du football français. Lens est champion de D2 et monte en première division.
Pour sa première saison dans l'élite, les Lensois évitent de peu la relégation grâce à leur défense. Mais en 1939, le duo Stanis-Spechtl propulse Lens à la 7e place du championnat. La montée en puissance est réelle et prometteuse — avant que la guerre ne vienne tout stopper.
Chapitre 4 — La guerre, Stanis et les titres en zone interdite (1939–1945)
À l'été 1939, Lens est à un point culminant de sa progression. Mais avec la naissance de la Seconde Guerre mondiale, la montée en puissance est stoppée net. En 1940, la ville de Lens est placée en zone interdite.
C'est dans ce contexte singulier que le club réalise ses meilleures performances. Devant une concurrence amoindrie, les Lensois remportent les éditions 1941, 1942 et 1943. Lors de la saison 1941-1942, le trio Marek – Stanis – Dugauguez permet au club d'afficher un goal-average exceptionnel avec 75 buts inscrits pour seulement 18 encaissés.
Le nom de Stefan Dembicki, dit Stanis, s'inscrit à cette période comme l'un des plus grands de l'histoire lensoise. Durant la saison 1942-1943, il inscrit 43 buts en 30 journées. Et surtout, il entre dans les livres de records : lors d'un match de Coupe de France sur le terrain d'Auby Asturies, Lens remporte la rencontre 32 à 0, Stanis étant l'auteur de la moitié des buts — un record de France du nombre de buts marqués dans un seul match.
Pour la quatrième fois d'affilée lors de la saison 1943-1944, les Nordistes remportent la compétition, comprenant cette fois les meilleures équipes françaises.
Chapitre 5 — L'après-guerre, la descente et la première finale de Coupe (1945–1949)
Avec la fin de la guerre, Lens reprend le championnat en 1946, atteignant la 6e place. Cependant, la nationalisation des mines ordonnée par le général de Gaulle provoque des difficultés financières. Les houillères, qui allouaient le budget, connaissent des problèmes, et le club doit composer avec des jeunes du département, ses internationaux partant les uns après les autres.
C'est dans ce contexte que le RC Lens, après une décennie de domination, descend au niveau inférieur en 1947.
En D2, la consolation vient de la Coupe de France. Lens atteint pour la première fois de son histoire la finale. Mais face au Lille OSC, devant 60 739 spectateurs, Lens parvient par deux fois à revenir au score grâce à Stanis. À la 86e minute, Jean Baratte enterre les espoirs lensois avec un but très discuté. La défaite est cruelle, mais historique.
Dès la saison 1948-1949, après une bataille féroce entre Lens, Bordeaux et Rouen, les Sang et Or remontent en D1.
Chapitre 6 — Les années 1950–1960 : vice-champions et ambitions européennes
Les années 1950 marquent une nouvelle étape. Lens termine vice-champion de France en 1956 sous la houlette de Tony Marek, permettant au club de fêter dignement son cinquantième anniversaire. En 1957, le club nordiste terminera pour la seconde année consécutive à la deuxième place.
Coup sur coup, le RCL remplit plusieurs lignes de son palmarès : la Coupe Charles Drago en 1959 et 1960, puis la Coupe de l'Amitié en 1962, remportée en Italie aux dépens de Catane, de l'AS Roma et du Torino.
Ahmed Oudjani détient le record du plus grand nombre de buts marqués sous le maillot sang et or en une saison, avec 30 réalisations lors de la saison 1963-1964.
Chapitre 7 — La crise des mines et la chute en amateurisme (1969–1972)
En 1969, les houillères arrêtent de soutenir financièrement le club. Le RC Lens abandonne le professionnalisme et est rétrogradé dans le Championnat de France Amateur. C'est une période sombre, une quasi-mort footballistique pour l'un des clubs les plus populaires du Nord.
Mais la solidarité locale joue à plein. Lorsque les houillières arrêtent de soutenir le RC Lens, le maire de Lens, André Delelis, refuse de voir le club mourir. La municipalité rachète le stade Félix-Bollaert auprès de la Compagnie des Mines pour un franc symbolique, ce qui permet aux hommes de Sowinski de bénéficier d'infrastructures de haut niveau.
Dès 1971, Lens retrouve la Deuxième Division. Et après la promotion en D2, les Sang et Or s'hissent dans le dernier carré de la Coupe de France — notamment grâce aux Polonais Eugeniusz Faber et Ryszard Grzegorczyk — puis remontent en Division 1 au terme de la saison 1972-1973.
Chapitre 8 — Le retour au premier plan et la première finale européenne (1973–1979)
Le retour en D1 est immédiatement suivi d'une épopée en Coupe de France. Le RC Lens se qualifie pour la finale de la Coupe de France 1975 face à la grande équipe de Saint-Étienne, récente championne de France et future finaliste de la Ligue des Champions. Battus 2-0 par des Verts déjà qualifiés pour la C1, les coéquipiers de Daniel Leclercq obtiennent leur ticket pour la Coupe des Vainqueurs de Coupes, synonyme de première qualification européenne de l'histoire du club.
Lens termine également vice-champion de France en 1977. Le club s'installe durablement dans l'élite, porté par une génération talentueuse.
Chapitre 9 — Les années 1980 et la montée en puissance (1980–1997)
Les années 1980 sont celles d'une consolidation. Éric Sikora, figure emblématique du RC Lens, est un défenseur qui disputera 585 rencontres entre 1984 et 2004, remportant notamment le championnat de France en 1998 et la Coupe de la Ligue en 1999 — un record du plus grand nombre de matchs joués sous le maillot sang et or.
Le club connaît des hauts et des bas dans les années 1980-1990, mais reste une équipe respectée. L'arrivée de Daniel Leclercq comme entraîneur en 1992 pose les fondations d'une époque glorieuse. Leclercq s'engage comme entraîneur de l'équipe première pour deux ans. François Brisson rejoint ensuite le RC Lens à l'intersaison 1997 pour le seconder.
Chapitre 10 — Le sacre : champion de France 1998 🏆
C'est la saison la plus belle de l'histoire lensoise. La saison de Division 1 1997-1998 se déroule du 2 août 1997 au 9 mai 1998. C'est la 60e édition du championnat de France.
Sixième du championnat à mi-saison, le RC Lens prend la tête du championnat à l'issue de sa victoire à l'extérieur lors de la trentième journée contre le FC Metz, alors leader. Les Lensois ne quittent plus la première place et sont sacrés lors de la dernière journée, après un match nul à Auxerre.
Le groupe qui réalise cet exploit est exceptionnel : Sikora, Vairelles, Smicer, Wallemme, Rool, Eloi, Laigle... La même année, le club est récompensé par le titre de Club de l'année dans le magazine France Football.
Ce titre est d'autant plus symbolique qu'il intervient quelques semaines avant la Coupe du Monde 1998, organisée en France.
Chapitre 11 — L'épopée européenne et la Coupe de la Ligue (1998–2002)
Fort de son titre, Lens entre en Ligue des Champions. L'aventure est historique. Lors de la Ligue des Champions 1998-1999, le RC Lens manque de peu la qualification en étant le premier club français à gagner au stade de Wembley, avec une victoire 1-0 face à Arsenal. C'est un moment entré dans la légende : Lens, club minier, s'imposant dans le temple du football anglais.
L'année suivante, le RCL remporte la Coupe de la Ligue face au FC Metz. Lens atteint également les demi-finales de la Coupe de l'UEFA en 2000, s'offrant en huitièmes le scalp de l'Atlético de Madrid, alors porté par Jimmy Floyd Hasselbaink, avant d'éliminer le Celta de Vigo en quarts de finale.
Lens termine vice-champion de France en 2002. Le club connaît une deuxième participation à la Ligue des Champions lors de la saison 2002-2003. Ces années représentent l'âge d'or du football lensois.
Chapitre 12 — Le déclin progressif et les années difficiles (2007–2016)
Après ces années fastueuses, la réalité économique rattrape le club. En 2007, le club est relégué en Ligue 2. La remontée est immédiate, mais en 2011 vient une nouvelle relégation en Ligue 2.
S'ensuit une période chaotique, marquée par des problèmes de gouvernance. Le club est contraint de jouer ses matchs à domicile au stade de la Licorne à Amiens, pour cause de rénovation du stade Bollaert-Delelis en vue de l'Euro 2016. Interdit de recrutement, il passe sa saison avec les moyens du bord. La relégation est inévitable. En 2014, Lens remonte en Ligue 1 mais redescend dès 2015 en Ligue 2.
Chapitre 13 — Le rachat par Oughourlian et la reconstruction (2016–2020)
C'est finalement le rachat du club par Joseph Oughourlian en 2016 qui va permettre à Lens de retrouver des ambitions. Homme d'affaires français et fondateur du fonds Amber Capital, il rachète le club et assainit méthodiquement les finances.
Après plusieurs échecs consécutifs pour remonter en Ligue 1, et notamment une défaite en barrages d'accession contre Dijon lors de la saison 2018-2019, Lens retrouve l'élite au terme de la saison 2019-2020, alors que Franck Haise venait de devenir l'entraîneur principal juste avant la coupure liée au Covid-19.
La montée est actée à huis clos à cause de la pandémie, privant les supporters d'une célébration méritée. Mais le retour au premier plan est acté.
Chapitre 14 — Le renouveau avec Franck Haise (2020–2024)
Lens fait bien mieux que se maintenir avec une superbe première saison, conclue à la septième place avec un excellent niveau de jeu, après avoir longtemps figuré parmi le top 6. La saison 2021-2022 est dans la même lignée avec une nouvelle septième place, plus frustrante car les nordistes avaient espéré une qualification européenne toute la saison.
La saison 2022-2023 est celle d'un exploit retentissant. Le RC Lens comptabilise 84 points, soit son total le plus élevé dans son histoire en Ligue 1. Lens termine 2e du championnat derrière le PSG, avec un Loïs Openda auteur de 21 buts. Le club retrouve la Ligue des Champions pour la première fois depuis 2002-2003.
En 2023-2024, Lens participe à la Ligue des Champions — troisième participation de son histoire — avant de se reclasser en Ligue Europa.
Le 6 juin 2024, l'OGC Nice officialise l'arrivée de Franck Haise, qui entraînait le RC Lens depuis quatre ans et demi. Son départ marque la fin d'une très belle période.
Chapitre 15 — L'ère Will Still et les turbulences (2024–2025)
Quatre jours après le départ de Haise, le club annonce l'arrivée de Will Still au poste d'entraîneur. La saison est compliquée : Lens finit huitième et doit faire face à la crise des droits TV de la Ligue 1, vendant plusieurs joueurs importants dont son capitaine Brice Samba.
Chapitre 16 — Le sacre en Coupe de France avec Pierre Sage (2025–2026) 🏆
Pierre Sage est nommé entraîneur en juin 2025. Sous sa conduite, le Racing Club de Lens réalise une saison de très haut niveau. Pierre Sage est élu meilleur entraîneur de Ligue 1 le 11 mai 2026.
Le 22 mai 2026, Sage guide Lens vers leur premier titre en Coupe de France, avec une victoire 3-1 sur l'OGC Nice au Stade de France. C'est la première apparition de Lens en finale de Coupe de France depuis 1998. La saison se conclut sur une deuxième place en Ligue 1, synonyme de qualification pour la Ligue des Champions 2026-2027.
La victoire en Coupe de France a offert au club le premier trophée majeur de son histoire moderne et confirmé son retour durable parmi les grandes équipes françaises.
Épilogue — Un club, une identité
L'histoire du RC Lens est intimement liée à celle du charbon. Fondé par le patronat local en 1906, le Racing est vite devenu le club des gueules noires. Certains étant même, dans les années 50, mineurs le jour, joueurs de Lens le soir. Le logo du club représente encore aujourd'hui une lampe de mineur.
Les Lensois chantent "Les Corons" à la mi-temps en hommage à Pierre Bachelet, décédé quelques jours avant le match Lens-Nantes du 19 février 2005. Ce jour-là, le club décide de diffuser la chanson au retour des vestiaires, et les supporters, touchés, la reprennent à l'unisson. Depuis, cette tradition est respectée à chaque match à domicile.
En 2026, le club lensois compte trois titres nationaux majeurs à son palmarès : le championnat de France de 1998, la Coupe de la Ligue en 1999 et la Coupe de France en 2026. À l'échelle européenne, le club s'est hissé à trois reprises en Ligue des Champions.
120 ans d'histoire, de mines, de larmes, de sang et d'or. Allez Lens. 🩸💛
